Le banquier parisien aux connexions planétaires s’empare d’un dossier à 200 milliards de dollars, suscitant autant d’admiration que d’interrogations sur de potentiels conflits d’intérêts.
Il a battu plusieurs poids lourds de la finance internationale, parmi lesquels Lazard et Rothschild. Matthieu Pigasse, banquier à la tête de la branche française de la banque d’investissement américaine Centerview Partners, va accompagner le Venezuela dans la restructuration globale de sa dette publique.
Le contrat, révélé en premier par le Wall Street Journal puis confirmé par Le Monde, pourrait avoisiner les 200 milliards de dollars en incluant les créanciers non encore identifiés. Soit l’une des opérations les plus lucratives jamais menées en matière de dette souveraine.
Si Pigasse est familier de ce type de dossiers — ayant déjà travaillé sur des restructurations en Argentine, en Grèce, en Ukraine, en Équateur et en Côte d’Ivoire —, sa désignation soulève des interrogations dans un contexte géopolitique particulièrement sensible.
Depuis l’enlèvement à Caracas du président vénézuélien Nicolas Maduro par la Maison Blanche en janvier dernier, les États-Unis exercent une vigilance accrue à l’égard du pays.
Un contrat controversé
S’ajoute à cela le profil du banquier. Ancien haut fonctionnaire classé à gauche, Matthieu Pigasse ne correspond pas, a priori, aux cercles proches de Donald Trump. Pourtant, c’est lui qui hérite de ce mandat très convoité.
Selon le Wall Street Journal, tout se serait joué environ trois semaines après la capture de Maduro. L’ancien de Lazard figurait parmi les invités d’une projection privée organisée à la Maison Blanche autour du documentaire consacré à Melania Trump. Un événement en apparence anodin, mais qui aurait permis d’obtenir le feu vert de Washington.
Par la suite, le banquier français a multiplié les déplacements à Caracas, où il a rencontré à plusieurs reprises Delcy Rodríguez, actuelle présidente du pays, avec laquelle il entretient des relations de longue date. S’il met en avant sa maîtrise du dossier, il fait néanmoins face à des accusations de favoritisme.
Un défi d’ampleur
« Le contrat décroché par Centerview est baroque. Il n’y a pas eu d’appel d’offres. C’est la première fois qu’une puissance étrangère, les Etats-Unis, sélectionne la banque conseil d’un autre pays, le Venezuela. Le Fonds monétaire international n’est même pas dans la boucle. S’il y a un endroit où il faut mettre de la transparence, c’est pourtant bien le Venezuela », critique un concurrent cité par Le Monde.
L’ampleur du chantier est considérable. Le Venezuela est en défaut de paiement depuis 2017, lorsque le régime Maduro a cessé d’honorer sa dette extérieure. Depuis, l’encours n’a cessé de croître sous l’effet des intérêts et des pénalités.
Parmi les créanciers figurent plusieurs institutions multilatérales majeures, telles que la Banque de développement de l’Amérique latine et des Caraïbes (CAF) et la Banque interaméricaine de développement (BID). Sur le plan bilatéral, la Chine, le Brésil et le Japon comptent parmi les principaux détenteurs de créances.
