Un conflit oppose plusieurs héritiers du fondateur du groupe propriétaire de la marque de lunettes EssilorLuxottica, sur fond de divergences d’intérêts.
Quelles sont les chances d’aboutissement d’une réunion de résolution d’un différend lorsque l’un des principaux protagonistes brille par son absence ? La réponse à cette question illustre la situation actuelle de Delphine, la holding luxembourgeoise au cœur de l’empire Del Vecchio.
Propriété de la première fortune d’Italie, ce groupe familial est traversé par une lutte d’influence depuis la disparition de son fondateur, Leonardo Del Vecchio, en 2022. Le conflit oppose plusieurs des six héritiers du patriarche, dont la structure contrôle un portefeuille estimé à environ 55 milliards d’euros, incluant le leader mondial de l’optique EssilorLuxottica.
S’y ajoutent des participations dans Luxair, Generali, UniCredit, Monte dei Paschi di Siena ou encore la société française Covivio. L’assemblée générale du 30 juin, censée apaiser les tensions, a finalement été marquée par le boycott de Leonardo Maria Del Vecchio, l’un des héritiers.
Cette absence est loin d’être anodine, tant elle reflète son agacement face à ce qu’il considère comme un blocage orchestré par deux membres de la fratrie.
Une prise de contrôle contestée
Son objectif est de racheter les parts détenues par deux autres héritiers afin de porter sa participation de 12,5% à 37,5% du capital de Delphine, un niveau qui ferait de lui l’actionnaire dominant de la holding et, par extension, de l’ensemble du groupe familial.
Mais plutôt que d’accompagner cette montée en puissance, ses opposants défendent une autre option : céder certaines participations détenues dans UniCredit, Mediobanca et Generali.
L’idée est de générer des liquidités importantes au sein de Delphine, permettant ensuite de verser des dividendes aux héritiers. Rocco Basilico, l’un des promoteurs de cette stratégie, estime notamment que toute cession de parts à Leonardo Maria aurait nécessité l’accord de l’ensemble des ayants droit.
Une querelle financière
Il souligne que le fondateur avait instauré une règle exigeant une quasi-unanimité pour les décisions majeures au sein de la holding. Derrière ce désaccord stratégique se joue en réalité un enjeu plus concret : la valorisation des actifs familiaux.
En procédant d’abord à la vente des participations bancaires et assurantielles, les héritiers opposés à cette opération espèrent rehausser la valeur de leurs propres parts, qu’ils pourraient ensuite céder à un prix plus élevé lors de futures négociations.
Si les comptes ont été approuvés lors de l’assemblée, le différend sur la gouvernance reste entier. Deux commissaires aux comptes ont été désignés, tandis qu’un troisième candidat soutenu par Leonardo Maria a été écarté.
À défaut de compromis, le risque d’une fragmentation de l’empire Del Vecchio se profile, avec des répercussions potentielles sur EssilorLuxottica. Une perspective d’autant plus préoccupante que, depuis le début de l’année, le titre a perdu près de 40% de sa valeur, malgré une croissance à deux chiffres enregistrée au premier trimestre.
