Standard Chartered embarrassée par les propos de son patron sur l’IA

Bill Winters a provoqué une vive polémique en évoquant le remplacement d’employés « de faible valeur » par l’intelligence artificielle dans le cadre d’un récent plan social.

Dans une publication mise en ligne sur son profil LinkedIn, vendredi 22 mai, le directeur général de Standard Chartered, Bill Winters, a présenté ses excuses pour le choix de ses mots, reconnaissant qu’ils « ont blessé certains collègues », à la suite d’une prise de parole antérieure.

À l’origine de la controverse, des déclarations récentes sur l’intelligence artificielle. »Ce n’est pas une réduction des coûts ; c’est dans certains cas le remplacement de capital humain de moindre valeur par le capital financier et le capital d’investissement que nous mobilisons », avait-il affirmé trois jours plus tôt, en marge d’une réunion à Hong Kong consacrée à un nouveau plan de restructuration.

La banque britannique prévoit en effet environ 8 000 suppressions de postes, visant principalement les fonctions support et administratives. Ces propos ont aussitôt suscité une vive réaction sur les réseaux sociaux et dans les milieux syndicaux, du siège londonien jusqu’à la filiale indienne.

Des régulateurs vent debout

Selon Bloomberg, les Autorités monétaires de Singapour et de Hong Kong se sont saisies du dossier en demandant des explications à Bill Winters. Le régulateur hongkongais aurait notamment interrogé la banque pour savoir si ces déclarations traduisaient une volonté d’utiliser l’intelligence artificielle comme justification à des suppressions d’emplois.

« Je reproduis donc ci-dessous une retranscription mot pour mot de ce que j’ai réellement dit, qui permettra, je l’espère, de mieux comprendre le point important que je soulevais. Je pense que cette retranscription montre clairement que j’accorde la plus haute valeur à nos collègues — tous sans exception — et que nous sommes totalement engagés à les aider à faire face au rythme d’évolution accéléré de notre secteur », a écrit le dirigeant sur LinkedIn, en joignant ses déclarations initiales.

L’incident survient dans un contexte où l’impact de l’IA sur le marché du travail ne relève plus de la prospective, mais se matérialise en temps réel dans les grandes entreprises technologiques et financières à travers le monde.

Une vérité pas bonne à dire ?

Le cas de Meta illustre cette tendance de manière particulièrement marquante. Le groupe a récemment annoncé 8 000 suppressions de postes supplémentaires tout en déployant des outils de suivi renforcé de l’activité de ses salariés.

Cette double dynamique — réductions d’effectifs et surveillance accrue — alimente les inquiétudes en interne, certains employés y voyant les prémices d’un remplacement progressif par des systèmes automatisés.

Pour Zoe Wallace, analyste chez Forsyth Barr interrogée par le NZ Herald, le choix des mots de Bill Winters était « très maladroit », mais il a surtout « touché un point sensible », en exprimant ouvertement ce que beaucoup redoutent en silence.

« L’IA permet des gains de productivité importants, mais le risque est que ces bénéfices profitent principalement aux actionnaires et aux entreprises, sans véritable retombée pour les travailleurs », conclut-elle.

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