Phia, l’application de la fille de Bill Gates, éclaboussée par un scandale de « faux clics »

La start-up de shopping en ligne est accusée d’avoir détourné des commissions destinées à d’autres partenaires commerciaux.

Phoebe Gates serait-elle à la tête d’une entreprise de fraude ? La question mérite d’être posée à la lumière des révélations de Bloomberg. Dans une enquête publiée le 9 juillet, le média américain accuse Phia de pratiques de manipulation frauduleuse.

Lancée en 2025 par Phoebe — fille de Bill Gates — et son amie Sophia Kianni, la société se présente comme un assistant d’achat propulsé par l’intelligence artificielle, capable de comparer les prix entre différents sites marchands, à la manière d’un comparateur de vols appliqué au shopping.

Son modèle économique repose sur le marketing d’affiliation. Concrètement, Phia perçoit une commission des commerçants uniquement lorsqu’une vente est réalisée via son outil, accessible sous forme d’extension de navigateur (Chrome, Safari).

Mais selon l’enquête de Bloomberg, menée dans le sillage des travaux du chercheur indépendant Ben Edelman et du concurrent Capital One Shopping, l’extension intégrait un mécanisme controversé.

Un procédé détourné

D’après des tests réalisés par le journal américain sur une cinquantaine de sites marchands pendant plus d’une semaine, l’outil déclenchait automatiquement, et à l’insu de l’utilisateur, un clic en arrière-plan dès qu’un article était ajouté au panier, y compris lorsque l’achat provenait d’un autre site référent.

Ce procédé écrasait le cookie du partenaire légitime et permettait à Phia de capter la commission à sa place, une pratique contraire aux standards du secteur.

Le média rapporte notamment qu’un clic vers Nordstrom depuis un article de Wirecutter ouvrait un onglet invisible remplaçant le lien affilié initial par celui de Phia. Un comportement similaire a été observé après un clic sur une publicité Google issue d’un autre éditeur.

« Des éditeurs comme nous subissent une perte de revenus significative. Et des annonceurs comme vous perdent de l’argent à cause de faux clics », souligne Capital One Shopping dans un courriel adressé aux enseignes concernées et consulté par Bloomberg.

Une jeune pousse sous les projecteurs

À la suite de ces révélations, Impact.com, l’une des principales plateformes d’affiliation et d’influence, a annoncé la suspension du compte de Phia après avoir identifié un comportement incompatible avec ses règles internes. Le réseau indique collaborer désormais avec la start-up afin de déterminer l’origine du problème et d’examiner les transactions potentiellement affectées.

Interrogée par Bloomberg, l’entreprise a reconnu un dysfonctionnement. Un porte-parole évoque une « mauvaise attribution provenant d’un sous-ensemble d’utilisateurs », désormais corrigée. Un nouveau test réalisé après un contact le 7 juillet a confirmé que l’extension avait cessé de s’attribuer automatiquement des clics d’affiliation dans les cas précédemment identifiés.

Les journalistes relèvent toutefois que la fonctionnalité incriminée figurait dans le code source depuis décembre et qu’elle n’a été désactivée que le jour même où Bloomberg s’apprêtait à publier son enquête. Reste à savoir si cette correction suffira à rassurer les distributeurs et partenaires affiliés, d’autant que la jeune entreprise n’en est pas à sa première controverse.

Elle a levé plus de 43 millions de dollars en moins d’un an et compte parmi ses investisseurs des personnalités comme Khloé Kardashian et Hailey Bieber. De quoi alimenter les critiques sur un succès médiatique reposant davantage sur le réseau de ses fondatrices que sur la robustesse de son modèle économique.

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