Le groupe technologique de Masayoshi Son, propulsé par la vague de l’intelligence artificielle, est devenu la première capitalisation boursière du pays.
Le 1er juin 2026, SoftBank Group a dépassé Toyota Motor pour devenir la première capitalisation boursière du Japon, mettant fin à plus de vingt-deux ans de domination du constructeur automobile.
Le titre du groupe a bondi de 14% en séance pour clôturer à 8 541 yens, portant sa valorisation à environ 48 000 milliards de yens — soit près de 301 milliards de dollars — contre 45 900 milliards pour Toyota.
Un précédent avait bien eu lieu en février 2000, au sommet de la bulle internet, mais l’action s’était ensuite effondrée de 98% en quelques mois. Cette fois, ce retour au sommet repose sur une thèse d’investissement jugée plus structurée.
Des informations évoquant une possible introduction en Bourse d’OpenAI — principale participation du groupe et maison mère de ChatGPT — ainsi que l’annonce, le 31 mai, d’un investissement de 750 milliards d’euros dans un centre de données en France ont servi de catalyseurs à une entreprise qui a évolué bien au-delà des télécommunications.
Des gains théoriques, une liquidité limitée
SoftBank s’impose aujourd’hui comme une holding d’investissement dont la valeur se mesure avant tout à sa NAV (Net Asset Value), soit la valeur de ses participations diminuée de son endettement.
À fin décembre 2024, cette NAV atteignait environ 31 000 milliards de yens, contre 26 000 milliards un an plus tôt, soit une progression de 5 000 milliards en douze mois. Sur l’exercice écoulé, le groupe a enregistré plus de 7 000 milliards de yens de gains d’investissement, dont 6 700 milliards liés à la revalorisation de sa participation dans OpenAI.
Mais ces montants correspondent essentiellement à des plus-values latentes, c’est-à-dire des gains comptables sur des actifs non cédés. Cette distinction entre richesse théorique et liquidités effectives est centrale pour comprendre la structure financière du groupe. Dans le même temps, la dette brute de SoftBank a atteint un niveau record, dépassant 12 000 milliards de yens.
Un pari suspendu à l’IPO d’OpenAI
L’agence de notation S&P a déjà placé la perspective de la note du groupe sous surveillance négative, estimant que les investissements récents — dont le projet de datacenter en France et l’engagement supplémentaire de 300 milliards de dollars dans OpenAI annoncé en février 2026 — pourraient faire franchir le seuil de 35% du ratio LTV (Loan-to-Value), indicateur clé mesurant le rapport entre la dette nette et la valeur des actifs.
Autrement dit, tant que les actions d’OpenAI ne sont pas cotées, les gains de SoftBank restent virtuels, tandis que l’endettement demeure bien réel. Une introduction en Bourse permettrait de transformer ces valorisations en liquidités mobilisables via des cessions partielles.
Cette concentration des risques sur une seule entreprise non cotée, dans un secteur où s’affrontent Google, Microsoft, Meta et Anthropic, confère à la trajectoire de SoftBank un caractère particulièrement incertain.
