La filiale suisse de la banque britannique est mise en examen dans l’enquête française sur le détournement présumé de plus de 300 millions de dollars par l’ancien gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé.
C’est une information révélée le 4 juin par Le Monde : HSBC Private Bank Switzerland, filiale helvétique de HSBC, a été officiellement mise en examen par la justice française dans le cadre de l’enquête sur les « biens mal acquis » de Riad Salamé, l’ancien gouverneur de la Banque du Liban.
Les faits visés portent sur du « blanchiment en bande organisée » et une « association de malfaiteurs en vue de commettre des délits tels que le détournement de fonds publics, les abus de confiance ou la corruption d’agent public ».
Concrètement, la banque britannique est accusée d’avoir sciemment ouvert ses portes à celui que l’opinion publique libanaise perçoit comme l’architecte de l’un des plus vastes détournements de fonds publics de l’histoire récente du monde arabe.
Le « magicien » déchu de la finance libanaise
Pendant trois décennies, le nom de Riad Salamé était synonyme de rigueur, de stabilité, presque de miracle. Dans un pays miné par les guerres, les crises politiques et les turbulences régionales, il était l’homme qui maintenait debout la monnaie libanaise.
Gouverneur de la Banque du Liban (BDL) de 1993 à juillet 2023, ce banquier d’affaires franco‑libanais, passé par Merrill Lynch avant d’être propulsé à la tête de l’institution par son ami Rafiq Hariri, a longtemps incarné la vitrine « respectable » d’un État par ailleurs rongé par la corruption.
Parmi les biens mal acquis figureraient des actifs immobiliers estimés à 70 millions d’euros au Royaume‑Uni, 15 millions en Suisse et près de 40 millions en France.
Ce patrimoine comprend notamment des appartements et des bureaux dans le 16ᵉ arrondissement de Paris ainsi que sur les Champs‑Élysées, selon les plaintes déposées par l’association anticorruption Sherpa et le Collectif des victimes des pratiques frauduleuses et criminelles au Liban.
HSBC face à la thèse de la complicité active
D’après les enquêteurs français, dont la procédure a été ouverte en 2021, plus de 300 millions de dollars auraient été soustraits aux finances publiques libanaises puis transférés vers des comptes à l’étranger.
Il est ainsi reproché à HSBC Private Bank Switzerland, selon un document de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) consulté par Le Monde, d’avoir servi de « gare de triage financière » pour les commissions détournées via la société écran Forry Associates Ltd, en accueillant sur un compte suisse en dollars des fonds provenant de la Banque du Liban.
Ces sommes auraient ensuite été « réemployées suivant des montages complexes » pour financer des acquisitions immobilières en France et en Europe au bénéfice de Riad Salamé et de ses proches, dont son frère Raja Salamé.
L’affaire est d’autant plus accablante pour HSBC que, toujours selon l’OCRGDF, la banque disposait d’un « arsenal juridique, réglementaire et opérationnel » lui permettant de détecter et de bloquer ce type d’opérations, mais qu’elle a au contraire « semblé avaliser un système d’opacification des flux ».
