Le cofondateur du géant américain du streaming va quitter le conseil d’administration de la plateforme après près de trois décennies de règne.
Netflix a annoncé, jeudi 16 avril, le départ prévu en juin de l’un de ses administrateurs, Reed Hastings. Selon le groupe américain, le cofondateur ne sollicitera pas le renouvellement de son mandat au conseil d’administration afin de « se consacrer à la philanthropie et à d’autres projets ».
« Netflix a changé ma vie de tant de façons. Un merci particulier à Greg et Ted, dont l’engagement envers l’excellence de Netflix est si fort que je peux désormais me consacrer à de nouveaux projets », a déclaré l’homme de 66 ans dans un communiqué joint à la lettre adressée aux actionnaires, citée par Reuters.
Ces dernières années, il s’était progressivement effacé, laissant la direction opérationnelle à Ted Sarandos et Greg Peters, co-PDG de la plateforme. Il leur revient désormais d’assumer pleinement la conduite d’un groupe confronté à des choix stratégiques majeurs.
Une tentative d’acquisition infructueuse
La société vient en effet d’échouer dans son offensive sur Warner Bros Discovery, après avoir initialement conclu un accord estimé à 77 milliards de dollars. Ce revirement s’explique par la surenchère de Paramount dans cette bataille pour l’un des joyaux du cinéma mondial.
« Warner Bros. aurait été un accélérateur intéressant pour notre stratégie, mais uniquement au bon prix », a indiqué l’entreprise dans sa lettre aux actionnaires jeudi, alors que Sarandos écarte tout lien entre cet échec et le départ de Reed Hastings.
Le groupe basé à Los Gatos peut néanmoins se réjouir de résultats trimestriels qualifiés d’« exceptionnels » par Reuters. Le chiffre d’affaires a atteint 12,25 milliards de dollars (en hausse de 16% sur un an), tandis que le bénéfice a bondi de 83% pour s’établir à 5,28 milliards.
À l’origine de cette rentabilité de la société, l’élargissement de sa base d’abonnés, le relèvement de ses tarifs d’abonnement et le développement de son activité publicitaire qui génère désormais des recettes significatives.
Un disrupteur discret
À la lumière de ce départ, certaines voix rappellent l’ampleur du parcours d’un dirigeant que l’histoire du capitalisme technologique a curieusement laissé dans l’ombre.
« Reed Hastings est largement sous-estimé, et c’est exactement comme ça qu’il le veut », confie à Bloomberg un observateur de longue date de la Silicon Valley, qui l’a côtoyé lors du Forum économique mondial de Davos. Derrière la sobre image du « technicien de la côte Ouest » que Hastings a toujours revendiquée, se cache en effet l’un des actes de disruption les plus radicaux de l’histoire du divertissement contemporain.
Netflix n’a pas simplement inventé un nouveau mode de consommation de contenus ; la plateforme a fait exploser l’écosystème des câblo-opérateurs, des chaînes satellites et des diffuseurs traditionnels qui avaient, pendant des décennies, tenu captif le marché mondial du divertissement.
