Le pari électrique périlleux de Honda

Le constructeur automobile enregistre une perte annuelle historique, plombé par l’échec de sa stratégie d’électrification.

Le 14 mai 2026 restera comme le jour où Honda Motor a rompu avec près de sept décennies de trajectoire financière sans faute.

Le constructeur japonais, réputé pour sa fiabilité légendaire et sa capacité à traverser les crises pétrolières, les récessions mondiales et les mutations du marché automobile, a annoncé un déficit annuel de 9 milliards de dollars, soit 1,45 trillion de yens.

La perte d’exploitation pour l’exercice fiscal clos en mars 2026 atteint 414 milliards de yens, un contraste avec le bénéfice de 1,22 trillion de yens enregistré l’année précédente à la même période. Paradoxalement, les activités traditionnelles du groupe – voitures à moteur thermique et motos – demeurent rentables.

Selon l’analyse de François Lenglet sur RTL, les pertes « réelles » de la division automobile sont en fait plus lourdes ; elles ont été en grande partie compensées par la branche moto, particulièrement lucrative. En effet, près d’une moto sur trois vendue dans le monde porte aujourd’hui le logo Honda, ce qui fournit au groupe un précieux coussin de rentabilité.

Une hémorragie financière liée aux paris ratés sur l’électrique

Pour de nombreux analystes, cette débâcle trouve sa source dans une stratégie très offensive de bascule vers les véhicules électriques qui s’est retournée contre Honda. Il y a à peine trois ans, le constructeur faisait figure de pionnier du « tout électrique », promettant de sortir progressivement des moteurs essence et de ne plus vendre que des véhicules zéro émission à l’horizon 2040.

Des milliards ont été engagés dans des méga‑usines de batteries, notamment en Amérique du Nord, via des projets en Ohio et au Canada, souvent en partenariat avec General Motors et d’autres acteurs.

Mais la réalité du marché a rapidement rattrapé les projections optimistes. Après une première vague portée par les premiers clients, les consommateurs mainstream ont freiné des quatre fers, rebutés par les prix élevés et les insuffisances persistantes des infrastructures de recharge.

La politique de Donald Trump a achevé de fragiliser le modèle en 2024, avec la suppression de la plupart des subventions fédérales aux VE et un relèvement des droits de douane qui a renchéri les coûts pour les constructeurs étrangers.

Un secteur occidental en pleine déroute

Résultat : le marché américain des véhicules électriques – principal débouché de Honda hors Asie – a marqué le pas en 2025, avec un repli des ventes en fin d’année après plusieurs exercices de croissance record. Mais Honda n’est que la partie émergée d’un problème plus vaste qui concerne l’ensemble de l’industrie automobile occidentale et japonaise.

Ford a ainsi indiqué plus tôt cette année, que sa division VE avait perdu 4,8 milliards de dollars en 2025, et s’attend à de nouveaux déficits dans les prochaines années. Stellantis, qui regroupe notamment Peugeot, Citroën, Fiat et Chrysler, voit ses marges comprimées par des investissements massifs dans l’électrification, alors même que ses volumes reculent en Europe.

Au-delà des pertes comptables, c’est toute l’architecture concurrentielle mondiale qui bascule. Les constructeurs occidentaux et japonais, historiquement dominants grâce à leur excellence dans les technologies de motorisation thermique, se retrouvent en position de faiblesse structurelle face aux fabricants chinois.

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