Trois ans après son lancement, la plateforme fondée par Guillaume Pley suscite autant l’attention pour sa rentabilité exceptionnelle que pour des pratiques jugées à la limite de l’éthique.
Nicolas Sarkozy, Édouard Philippe, Bernard Arnault… La liste des invités de Legend ces douze derniers mois en dit long sur le prestige acquis par ce média en ligne. Lancée en janvier 2023, la chaîne s’impose désormais comme l’un des phénomènes les plus commentés de l’audiovisuel numérique français.
Avec environ 85 millions de vues mensuelles sur YouTube depuis 2025 et le statut de podcast le plus écouté sur Spotify la même année, la plateforme fondée par Guillaume Pley est devenue un passage incontournable pour entrepreneurs, dirigeants et responsables politiques en quête de visibilité.
La médium, écrivaine et conférencière Anne Tuffigo peut en témoigner. Elle qui a vu son livre grimper à la 10ᵉ place des meilleures ventes sur Amazon en 2024 selon Le Monde, après son passage dans l’émission. Pour Guillaume Pley, ce succès se traduit aussi en revenus conséquents.
D’après une analyse détaillée de ses comptes réalisée par Le Revenu Media, le résultat net de Legend s’élève à 3,82 millions d’euros pour l’exercice 2025, soit le montant restant après règlement des salaires, charges sociales, impôts et coûts de production.
Un modèle économique bâti sur deux piliers
Ce bénéfice a été multiplié par 40 en seulement deux ans, une progression spectaculaire pour une structure qui emploie aujourd’hui 42 personnes. Le chiffre d’affaires exact pour 2025 — correspondant aux recettes avant déduction des charges — n’a pas été officiellement communiqué.
En recoupant plusieurs indicateurs financiers, Le Revenu Media l’estime toutefois entre 15 et 20 millions d’euros, en nette hausse par rapport à 2024, ce qui confère à Legend une rentabilité particulièrement élevée pour un acteur médiatique.
Le montant des dividendes versés en 2025 atteint, lui, 1,8 million d’euros, une somme remontée directement à Guillaume Pley via sa société Locomotive Production. Concrètement, les revenus de la plateforme reposent sur un modèle articulé autour de deux sources principales.
D’un côté, la publicité en ligne, issue des annonces diffusées sur YouTube ainsi que sur les plateformes audio comme Spotify ou Apple Podcasts.
Une diversification tous azimuts
De l’autre, les contenus sponsorisés destinés aux marques, dont le format phare reste l’interview « Legend Business », une émission longue où un représentant d’entreprise vient promouvoir son produit ou son service.
C’est à ce niveau qu’apparaît le principal point de controverse : selon des documents internes cités par Le Monde, les invités devraient débourser entre 17 000 et 62 000 euros, sans que cette information soit clairement portée à la connaissance du public.
« C’est davantage une conversation qu’une interview politique », confient par ailleurs des proches d’Édouard Philippe au Monde. Ces entorses aux règles déontologiques ne semblent toutefois pas freiner Legend, qui cherche désormais à diversifier ses activités.
Le média a ainsi lancé une boutique en ligne et annoncé une tournée nationale baptisée « Legend Tour », comprenant 18 dates en France et en Belgique entre octobre et novembre 2026. À cela s’ajoute une collection de dix ouvrages publiée aux éditions Hors Cadre, dont le premier, signé Guillaume Pley, est paru en juin.
