Hui Ka Yan a été condamné par la justice chinoise à la prison à vie, après avoir plaidé coupable de plusieurs chefs d’accusation liés à la gestion de son ancien empire immobilier, dont la déroute a durablement affecté le pays.
Le tribunal populaire intermédiaire de Shenzhen a prononcé, jeudi 20 août 2026, une peine de réclusion à perpétuité contre Hui Ka Yan, assortie de la confiscation de l’ensemble de ses biens personnels.
L’homme de 67 ans avait plaidé coupable, en avril, de huit chefs d’accusation distincts, notamment de fraude à la collecte de fonds, de détournement de fonds, de collecte illégale de dépôts publics, d’octroi illégal de prêts, de fraude sur les valeurs mobilières et de corruption.
Cette liste d’infractions donne un aperçu de l’ampleur du scandale à l’origine des déboires judiciaires de celui qui fut autrefois l’un des hommes les plus puissants de Chine.
Grâce notamment à son entreprise immobilière Evergrande, fondée en 1996, l’ancien technicien de la sidérurgie a réussi à bâtir, à son apogée, une fortune estimée à 45,3 milliards de dollars par Forbes en 2017. De quoi faire de lui l’homme le plus riche d’Asie.
De la pauvreté à l’opulence
Hui Ka Yan, élevé par sa grand-mère dans un village rural de la province centrale du Henan, a su porter le groupe au sommet grâce à un modèle de croissance agressif, parfaitement calé sur le boom immobilier chinois.
Baptisée « high debt, high leverage, high turnover, and low cost » — « dette élevée, fort effet de levier, rotation rapide et faibles coûts » — par la société elle-même, cette stratégie consistait à emprunter, acheter des terrains, vendre des appartements sur plan, puis emprunter de nouveau pour financer le projet suivant.
Ce modèle a permis de faire d’Evergrande le premier promoteur immobilier chinois en termes de ventes sous contrat. En 2020, le groupe enregistrait ainsi environ 100 milliards de dollars de ventes annuelles, selon Reuters.
Il s’est ensuite développé bien au-delà du logement, dans les véhicules électriques, les produits de gestion de patrimoine, le tourisme, la santé et le football professionnel.
L’image publique et la richesse du dirigeant avaient conduit certains médias à le comparer à Donald Trump. Mais l’endettement, talon d’Achille du groupe, a fini par faire s’effondrer tout l’édifice.
« Corruption débridée et luxe ostentatoire »
L’entreprise a finalement fait défaut sur la majeure partie de ses engagements, estimés à plus de 300 milliards de dollars, après avoir cessé d’honorer ses obligations financières en 2021. L’effondrement a touché bien davantage que les dirigeants de la société et ses créanciers internationaux.
Des acheteurs de logements se sont retrouvés à attendre des appartements inachevés. Des fournisseurs ont fait face à des factures impayées, tandis que des investisseurs ordinaires ont perdu l’argent placé dans les produits de gestion de patrimoine du groupe.
Des années de construction effrénée et d’expansion financée par la dette ont été suivies d’une baisse des ventes, de chantiers inachevés et de tensions financières dans un secteur qui avait joué un rôle majeur dans la croissance économique chinoise.
Pour le journaliste Pierre Haski, Hui Ka Yan a découvert l’enrichissement facile prôné par Deng Xiaoping après le massacre de Tiananmen. Il incarne, selon lui, « une période de corruption débridée, de luxe ostentatoire ».
