La plateforme française de prise de rendez-vous médicaux en ligne va accueillir le géant américain des puces comme nouvel investisseur, dans le cadre d’une initiative axée sur l’intelligence artificielle. Des questions émergent cependant quant à la souveraineté de cette startup et au sort des données personnelles de ses utilisateurs.
Présentée comme une prise de participation minoritaire, l’arrivée de Nvidia au capital de Doctolib n’en reste pas moins une marque de réussite pour cette entreprise française de santé numérique, surtout connue pour sa plateforme de mise en relation des patients avec les professionnels de santé.
Treize ans après sa création, le groupe cofondé par Stanislas Niox-Château voit ainsi l’une des entités les plus en vue de la Silicon Valley s’intéresser à lui. L’annonce, intervenue le 13 octobre dernier, s’inscrit dans la stratégie de Nvidia destinée à étendre ses investissements en Europe.
Selon son PDG, Jensen Huang, il s’agit de « lancer la révolution de l’intelligence artificielle » sur le Vieux Continent. Si ces propos ne manquent pas de prétention, ils collent parfaitement au prochain virage de Doctolib, décidée à ne pas rester en marge de cette poussée technologique.
Un levier d’accélération
L’IA est en effet déjà utilisée au quotidien sur la plateforme, notamment pour les tâches administratives, comme la facturation ou la prise de notes. L’entreprise a également lancé, en août dernier, un programme de recherche lié à cette technologie dans le but d’améliorer la prise en charge médicale.
Dans ce contexte, Nvidia est appelée à agir, grâce à la puissance de ses puces, comme un accélérateur.
« Demain, vous aurez un assistant personnel de santé qui va vous poser des questions, vous dire le niveau d’urgence, vous orienter, vous aider à vous faire vacciner, à vous faire dépister, à prévenir et à guérir. L’objectif, c’est vraiment d’avoir un assistant de santé personnel », explique Stanislas Niox-Château à France TV.
Il défend le développement prochain d’un « modèle d’intelligence artificielle propriétaire », indépendamment de ceux des géants américains.
Le ver est dans le fruit
« Chaque pays contrôlera ses propres données. C’est là que la souveraineté va commencer. Contrôlez vos propres données, contrôlez votre propre modèle et vous pourrez créer votre propre intelligence artificielle », a d’ailleurs assuré Jensen Huang en marge d’un déplacement à Paris.
Doctolib a aussi indiqué que les données de santé resteraient en Europe. Nvidia n’aura pas non plus de siège au conseil d’administration de l’entreprise. Ces assurances ne suffisent toutefois pas à rassurer. D’autant que le programme de recherche évoqué précédemment avait déjà suscité un tollé, car les informations, bien qu’hébergées en Europe, le sont chez Amazon, un autre acteur américain.
La société s’était par ailleurs illustrée en assurant chiffrer les données, alors que celles-ci ne l’étaient pas. « Lorsque les Américains ont une composante dans une architecture comme celle de Doctolib, ils sont en droit d’obtenir les données. Mais là, je dirais que c’est à la puissance publique de faire en sorte que cette souveraineté soit garantie », indique à France TV Frédéric Bizard, économiste de la santé et professeur à ESCP Europe.
