Ambani perd sa couronne

Le patron de Reliance Industries a été détrôné de son statut d’homme le plus riche d’Asie, sous l’effet destructeur de la guerre en Iran sur son empire.

Gautam Adani savait sans doute de quoi il parlait lorsqu’il déclarait l’année dernière, comme le rappelle aujourd’hui le Financial Times (FT), que « le véritable leadership ne se construit pas sous le soleil », mais « se forge dans le feu des crises ».

Cette assertion n’a jamais semblé aussi pertinente. Après des années de turbulences marquées par des accusations de corruption et de fraude financière présumée visant son empire aux États-Unis, l’Adani Group connaît aujourd’hui un regain spectaculaire.

À tel point que l’homme d’affaires s’installe désormais au sommet du classement Bloomberg des plus grandes fortunes d’Asie, avec un patrimoine évalué à 92,6 milliards de dollars, en hausse de 8,1 milliards depuis le début de l’année.

Il coiffe ainsi sur le fil son compatriote Mukesh Ambani, détenteur précédent du titre. Le patron de Reliance Industries a vu sa richesse reculer de 16,9 milliards de dollars sur la même période – la plus forte contraction parmi les principaux milliardaires du continent – pour s’établir à 90,8 milliards de dollars.

Un conglomérat qui vacille

« Cette année appartient à Gautam », avance même Kranthi Bathini, directeur de la stratégie actions chez WealthMills Securities à Mumbai, interrogé par le FT, en soulignant la résilience d’Adani Group – fortement diversifié – face aux turbulences mondiales.

À l’inverse, Ambani traverse une zone de fortes secousses. Depuis près de neuf mois, les pressions répétées de Donald Trump pour que l’Inde réduise drastiquement ses achats de pétrole russe ont directement fragilisé le modèle économique de Reliance Industries, dont les raffineries tirent une partie de leur avantage compétitif de ces bruts à bas prix.

La guerre au Moyen-Orient est venue accentuer ces difficultés, perturbant les chaînes logistiques et renchérissant le coût des matières premières.

Dans ce contexte, plusieurs analystes ont revu leurs anticipations. La banque d’investissement américaine Jefferies prévoit désormais un recul de 6% du bénéfice par action pour l’exercice en cours.

Le retail et Jio peinent à prendre le relais

La pétrochimie, qui représente plus de la moitié des activités du groupe, concentre l’essentiel des inquiétudes, mais les spécialistes soulignent que les difficultés débordent largement ce périmètre.

L’espoir de voir les branches de diversification absorber le choc des turbulences dans l’amont pétrolier s’est heurté à des résultats en demi-teinte. Reliance Retail, le pôle distribution du conglomérat, n’a enregistré qu’une progression de 8% de son chiffre d’affaires sur le dernier trimestre, loin de l’objectif de 20% fixé par Isha Ambani, fille du milliardaire et dirigeante de cette division.

Du côté de Jio, la filiale télécom considérée depuis des années comme l’un des principaux moteurs de valorisation du groupe, l’introduction en Bourse tant attendue demeure en suspens.

Le climat boursier morose ne constitue pas la fenêtre de tir espérée pour ce qui serait l’une des plus importantes IPO de l’histoire des marchés indiens. Quant à la coentreprise de services financiers lancée avec le gestionnaire d’actifs américain BlackRock, elle connaît elle aussi un démarrage mitigé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.