Le président américain exige la démission du patron du géant des semi-conducteurs pour ses liens présumés avec la Chine. Un coup dur pour ce dirigeant déjà en difficulté dans son entreprise.
« Le directeur général d’Intel fait face à un grave conflit d’intérêts et doit démissionner immédiatement. Il n’y a pas d’autre solution à ce problème ». C’est par ce message lapidaire sans plus de détail que Donald Trump a lancé, jeudi 7 août, son offensive contre Lip-Bu Tan.
Si le président américain ne donne aucune précision sur les raisons de cette sortie, le moment choisi éclaire ses motivations. La veille, le sénateur de l’Arkansas Tom Cotton avait alerté le conseil d’administration d’Intel sur les investissements du PDG dans des entreprises chinoises.
« M. Tan contrôlerait des dizaines d’entreprises chinoises et détient des parts dans des entreprises chinoises de semi-conducteurs et d’industrie avancée », dénonce cet élu ultraconservateur. Il rappelle également que Cadence Design Systems, ancienne société de Lip-Bu Tan, a plaidé coupable le mois dernier pour violation des contrôles d’exportation américains.
Cette entreprise avait vendu des semi-conducteurs à une université militaire chinoise en toute connaissance de cause, de 2015 à 2021, selon le département de la Justice.
La crise de trop ?
Si les liens chinois de Tan ne sont pas une invention – sa société d’investissement Walden a investi dans plus de 500 entreprises, dont plus de 120 sociétés de semi-conducteurs dans l’Empire du Milieu –, l’attaque de la Maison-Blanche pourrait porter l’estocade à celui que l’on surnomme « Monsieur Puce » en Chine.
Selon le Wall Street Journal (WSJ), le PDG nommé en mars dernier était déjà en conflit avec certains membres du conseil d’administration « sur des questions aussi centrales que celle de savoir si l’entreprise devrait rester dans l’activité manufacturière ou en sortir entièrement ».
« Les efforts récents de Tan pour lever de nouveaux capitaux et acquérir une entreprise d’intelligence artificielle ont été bloqués par le conseil d’administration », révèlent des sources internes citées par le quotidien américain.
Un déclin industriel spectaculaire
Pour Intel, cette polémique politique occulte une situation industrielle dramatique. L’ancien leader mondial des microprocesseurs a vu sa valorisation boursière chuter de 60% en cinq ans, pour atteindre environ 90 milliards de dollars.
L’attaque contre Tan intervient par ailleurs à un moment délicat pour la stratégie de relocalisation industrielle américaine. Avec Globalfoundries, Intel reste l’une des deux seules entreprises capables de fabriquer des semi-conducteurs à grande échelle sur le territoire américain.
« Intel demeure l’entreprise que les autorités doivent relancer pour démontrer que la fabrication avancée de semi-conducteurs est possible aux États-Unis », explique Mandeep Singh, analyste chez Bloomberg. Il rappelle que la construction d’usines de pointe nécessite deux à trois ans, comme le montre le projet de TSMC en Arizona.
