Une pharmacienne de Servier dans le laboratoire

Affaire du Mediator: un impact économique limité pour Servier, selon des économistes

 

L’affaire du Mediator, qui a nourri la défiance de l’opinion publique française vis-à-vis de l’industrie du médicament, n’aurait eu qu’un impact économique limité sur le principal responsable, le groupe Servier. Sur l’année 2017-2018, le laboratoire a affiché un chiffre d’affaires de 4,2 milliards d’euros, contre 3,7 milliards d’euros en 2010.

Alors que le procès du Mediator s’ouvre lundi à Paris, des économistes révèlent que cette affaire n’a eu qu’un impact modéré sur Servier, le groupe de laboratoire à la base du scandale. Sur l’année 2017-2018, les laboratoires ont affiché un chiffre d’affaires de 4,2 milliards d’euros, contre 3,7 milliards d’euros en 2010, selon des statistiques du groupe.

Comment justifier ce paradoxe ?

Les économistes avancent deux explications. La première est que Servier tire une grande partie de ses revenus à l’étranger, avec plus de 9 boîtes sur 10 de médicaments princeps Servier vendus hors de l’Hexagone. La seconde réside dans le fait que Servier est essentiellement présent en France sous la marque de génériques Biogaran, qui représente 80% du chiffre d’affaires du laboratoire dans le pays. Or « le grand public ne sait pas que Biogaran est Servier », commente Stéphane Billon, économiste de la santé et fondateur du cabinet de conseil Kamedis. D’ailleurs, le Mediator représentait en moyenne moins de 2% du chiffre d’affaires de Servier de 1989 à 2010. A la lumière de ces chiffres, l’on comprend pourquoi Servier continue de faire de bonnes affaires malgré le scandale qu’il a suscité.

Qu’est-ce que l’affaire du Mediator ?

Mis au point par le groupe Servier, le Mediator est un médicament présenté comme un antidiabétique utilisé en tant que coupe-faim. Sa commercialisation a débuté en 1976 et a pris fin en 2009. A cette date, le laboratoire a vendu 145 millions de boîtes, dont 5 millions en France. Après les premières alertes en 1995 à propos du benfluorex, principal composant du Mediator, le médicament est interdit dans plusieurs pays sauf en France ( Suisse en 1998 ; Espagne en 2003 ; ou Italie en 2004). La France décide finalement de retirer le Mediator de la vente le 30 novembre 2009, après plusieurs rapports.

Le bilan exact des morts imputables au Mediator relève d’une estimation. Il y aurait eu près de 1300 morts et 3100 hospitalisations.

Les principaux accusés

Le procès du Mediator débutera lundi à Paris, les audiences dureront six mois. 14 prévenus et une dizaine de personnes morales seront appelés à la barre. Près de 4 mille victimes présumées se sont constituées parties civiles. L’audience s’ouvrira en revanche sans Jacques Servier, le fondateur des laboratoires est mort en 2014 à l’âge de 92 ans. Il avait été mis en examen, pour « homicides et blessures involontaires » dans le cadre de la procédure menée par le parquet de Paris. Avec Alain Le Ridant, directeur général délégué et pharmacien en chef du groupe, et trois responsables de Biopharma, l’une des filiales des laboratoires, il devait également comparaître pour « tromperie aggravée » devant le tribunal de Nanterre.

Quant à l’Agence du médicament (ANSM, Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), soupçonnée d’avoir négligé les alertes sur la dangerosité du Mediator, elle avait été mise en examen pour « homicides et blessures involontaires ».

Qu’en est-il de l’indemnisation des victimes ?

Côté indemnisations, Servier a versé aux victimes près de 132 millions d’euros, d’après un décompte arrêté fin août. Le groupe réclame maintenant que l’Etat, dont la responsabilité partielle a été reconnue par une décision du Conseil d’Etat en 2016, lui rembourse 30% de ce montant.

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