L’ancien cadre français de Meta vient de boucler une levée de fonds historique pour sa jeune entreprise, qui ambitionne de rompre avec l’architecture des modèles de langage actuels afin de concevoir une IA capable de réfléchir, raisonner et appréhender le monde à la manière d’un humain.
C’est l’un des plus beaux succès entrepreneuriaux de ce début d’année dans la sphère technologique. AMI – pour Advanced Machine Intelligence –, la jeune pousse fondée par Yann LeCun, ancien directeur de la recherche fondamentale en intelligence artificielle chez Meta, a annoncé le mardi 10 mars avoir levé plus d’un milliard de dollars.
Ce financement, auquel ont participé Toyota, Nvidia, Samsung, Éric Schmidt, Xavier Niel, le groupe Dassault, The Box ainsi que Jeff Bezos, porte désormais la valorisation d’AMI à 3,5 milliards de dollars. Une prouesse d’autant plus remarquable que l’entreprise ne compte encore aucun produit sur le marché.
C’est dire la confiance que cette constellation d’investisseurs place en la personne de Yann LeCun. Il faut dire que le parcours du chercheur français sort de l’ordinaire.
Un tour de table à la hauteur des ambitions
Précurseur de l’apprentissage profond dès les années 1980 et concepteur des réseaux de neurones convolutifs, piliers de la vision artificielle moderne, LeCun, aujourd’hui âgé de 65 ans, a dirigé pendant douze ans la recherche en IA de Meta en tant que directeur scientifique.
Lauréat du prestigieux prix Turing — équivalent du Nobel d’informatique — en 2018 aux côtés de Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, il a consacré sa carrière à bâtir les fondations d’une discipline qu’il a largement contribué à faire émerger.
C’est cet homme-là qui, après avoir quitté Meta, a décidé de parier sur une nouvelle architecture intellectuelle et industrielle. Ce consortium d’investisseurs venus d’horizons variés illustre également la conviction partagée que la prochaine révolution en intelligence artificielle ne naîtra pas d’un simple modèle de langage supplémentaire, mais d’une approche radicalement différente, celle qu’AMI ambitionne d’incarner.
Dépasser les « perroquets statistiques »
Yann LeCun défend en effet depuis plusieurs années une vision de l’IA résolument alternative, critiquant les limites des grands modèles de langage (LLM) tels que ChatGPT, Gemini ou Mistral.
À ses yeux, ces systèmes sont d’habiles imitateurs statistiques ; ils manipulent les mots avec brio, mais sans réelle compréhension du monde physique ni des relations de cause à effet qui structurent l’expérience humaine.
C’est précisément ce fossé qu’AMI entend combler, en développant ce que les chercheurs appellent des world models, des modèles de monde. Ainsi, plutôt que de se nourrir uniquement de texte, ces systèmes intégreront des vidéos, des sons et des données issues de capteurs, apprenant ainsi à percevoir leur environnement comme le ferait un enfant qui explore la réalité.
L’objectif : doter l’intelligence artificielle d’une véritable capacité de raisonnement, de planification et d’anticipation des conséquences de ses actions, tout en garantissant sécurité et contrôlabilité. Les champs d’application envisagés vont de la robotique aux véhicules autonomes, en passant par une nouvelle génération d’agents intelligents.
