LVMH : l’avenir après Arnault reste flou

Les investisseurs du géant du luxe s’inquiètent de l’absence de visibilité sur l’avenir de la direction, alors que le PDG vient de prolonger son mandat jusqu’à ses 85 ans au moins.

À 76 ans, Bernard Arnault demeure fermement aux commandes de LVMH, le mastodonte du luxe qu’il a hissé parmi les plus puissantes sociétés mondiales. En avril 2025, l’entrepreneur français a même obtenu du conseil d’administration une prolongation de son mandat à la tête du groupe pour les dix prochaines années.

Mais derrière ce qui apparaissait alors comme un plébiscite pour le grand patron se cachent certaines frustrations. Reuters révèle ce lundi 26 janvier 2026 que la décision n’a pas fait l’unanimité.

D’après l’agence de presse internationale, le gestionnaire d’actifs Baillie Gifford s’est abstenu lors du vote, évoquant des réserves face au « manque de transparence sur les plans de succession » du PDG. Cette préoccupation, note Reuters, semble désormais gagner du terrain au sein du groupe.

Au moins six des sept investisseurs institutionnels interrogés estiment en effet que l’absence de stratégie claire en matière de succession constitue un risque majeur pour l’entreprise.

La commandite : un système qui entretient le flou

« Il y a dix ans, la succession n’était pas un sujet d’inquiétude. Aujourd’hui, c’est devenu un facteur de vulnérabilité qui se traduit par une décote de gouvernance », analyse Ariane Hayate, gérante chez Edmond de Rothschild à Paris, actionnaire de LVMH, citée par Reuters.

Stefan Bauknecht, responsable actions chez DWS et présenté par l’agence comme le 12ᵉ plus important actionnaire du groupe selon LSEG, déplore un processus « imprécis et opaque ». Il réclame « davantage de clarté ainsi qu’un plan concret sur la manière dont la transition sera menée ».

Selon lui, il manque même un dispositif d’urgence formel en cas de disparition soudaine du dirigeant, tel qu’un « groupe de gardiens » chargé d’assurer la continuité de l’héritage Arnault. La question est d’autant plus cruciale qu’une réorganisation opérée en 2022, censée éclaircir la succession, n’a fait qu’ajouter à la confusion.

Un sujet manifestement tabou

Cette restructuration a abouti à la création d’une entité baptisée Agache Commandite SAS, au sein de laquelle le pouvoir est réparti à parts égales entre les cinq enfants Arnault (20% chacun). En conséquence, toute décision stratégique concernant LVMH devra être validée par au moins trois d’entre eux une fois leur père parti.

Mais pour Éric Pichet, professeur à Kedge Business School et expert en gouvernance d’entreprise, il s’agit « d’une véritable bombe à retardement ». « Les tensions sont inévitables dans une deuxième génération, et avec cinq héritiers, elles le seront d’autant plus », confie-t-il à Reuters.

Confronté à la presse des investisseurs, le groupe rétorque à l’agence de presse qu’il existe bel et bien un plan de succession, sans toutefois faire référence spécifiquement au rôle de Bernard Arnault. Dans sa réponse, l’entreprise précise que ces plans ne seraient pas rendus publics, mais qu’ils couvraient « à la fois le moyen terme et le scénario d’événements soudains. »

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