Face à Trump, Wall Street se crispe

L’offensive du président américain pour limiter les taux d’intérêt des cartes de crédit, ajoutée à l’enquête pénale visant Jerome Powell, semble dissiper les dernières illusions du secteur financier quant à une entente possible avec l’administration Trump. Les marchés restent toutefois confiants dans une éventuelle marche arrière de la Maison-Blanche habituée aux revirements.

Et si l’administration Trump n’était finalement pas l’alliée que Wall Street imaginait ? La question qui pourrait sembler incongrue, compte tenu de la propension du président américain à privilégier les rapports transactionnels, trouve tout son sens à la lumière des récentes tendances boursières.

En deux jours la semaine dernière, Citigroup, American Express, Capital One, Mastercard et Visa ont perdu entre 4% et un peu plus de 7%, selon les observations du Wall Street Journal (WSJ).

Les actions de Blackstone et de plusieurs grands bailleurs spécialisés dans les maisons unifamiliales ont également été durement frappées. À l’origine de ces turbulences, une série de mesures décidées à Washington.

Parmi ces annonces récentes figure la proposition de plafonner les taux d’intérêt des cartes de crédit à environ 10%, contre une moyenne actuelle proche de 20%.

Les taux d’intérêt et Jerome Powell dans le viseur

Présentée comme une réponse aux « abus » envers les consommateurs, cette initiative séduit une partie de l’opinion publique, mais provoque de sérieuses inquiétudes dans les milieux bancaires et divise les économistes.

« Le crédit est le lubrifiant de l’activité économique », rappelle JPMorgan, qui prévient qu’une réduction aussi radicale pourrait restreindre dangereusement l’accès au financement pour de nombreux ménages.

Autre décision aux effets déstabilisants : l’ouverture d’une enquête pénale par le département de la Justice visant Jerome Powell, président de la Réserve fédérale, interprétée par de nombreux observateurs comme un moyen de pression pour obtenir une baisse des taux.

Ces mesures, combinées aux efforts de la Maison-Blanche pour faire reculer le prix de l’essence – notamment en injectant du pétrole vénézuélien sur le marché mondial – ainsi qu’à la volonté d’empêcher que les consommateurs supportent le surcoût de l’électricité lié aux investissements massifs dans l’intelligence artificielle et à la demande énergétique des centres de données, marquent un tournant pour une administration jusque-là perçue comme pro-marchés.

Banques et marchés sous tension, mais attentistes

« Les investisseurs pensaient qu’après les tarifs d’avril 2025, l’incertitude politique s’estomperait comme par enchantement. Aujourd’hui, ils réalisent que les élections de mi-mandat pèsent davantage que la rentabilité des banques ou la stabilité des marchés », analyse Brad Golding, gestionnaire de hedge fund chez Christofferson Robb & Co., cité par le WSJ.

À l’approche des scrutins de novembre 2026, le président cherche en effet à prouver à une population frappée par l’inflation que la Maison-Blanche est prête à sacrifier une part du confort de Wall Street au profit de Main Street, selon la formule du secrétaire au Trésor Scott Bessent en avril 2025.

Si l’anxiété est palpable sur les marchés, le Wall Street Journal note que les indices boursiers dans leur ensemble affichent une relative résilience, les investisseurs ayant appris à parier sur le fait que nombre d’idées présidentielles ne se traduisent jamais en loi.

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