La désillusion américaine de Mathias Döpfner

Le magnat allemand des médias fervent promoteur des liens entre l’Europe et l’Amérique subit un coup de froid dû au délitement amorcé par Donald Trump.

« Trump pense ce qu’il dit. Et cela n’a plus rien à voir avec l’Amérique qui s’est tenue pendant des décennies aux côtés de l’Europe en s’appuyant sur l’État de droit. » Cette déclaration a dû beaucoup coûter à Mathias Döpfner, contraint de l’écrire dans les colonnes de Die Welt, l’un de ses titres de presse allemands.

Le 3 mars dernier, au lendemain de la chaotique visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche pour rencontrer son homologue américain Donald Trump, le puissant homme d’affaires a dû se résoudre à reconnaître publiquement son erreur d’appréciation concernant le président américain.

« Notre ordre mondial vacille. Presque d’heure en heure, le gouvernement américain franchit des lignes rouges qui ne devraient jamais être franchies dans une démocratie fondée sur l’état de droit », écrivait alors le dirigeant du tabloïd Bild et de Politico, dénonçant les distorsions factuelles, le refus de Washington de qualifier la Russie d’agresseur de l’Ukraine, et l’affront fait à Zelensky en le traitant de dictateur.

Une rupture majeure

« Le président de l’Ukraine a été chassé de la Maison Blanche comme un écolier qui n’aurait pas fait ses devoirs. Le dirigeant d’un pays qui se défend contre une guerre d’agression ne devrait pas être traité ainsi par sa puissance protectrice. À moins que cette puissance protectrice ne veuille plus l’être ou qu’elle ait changé de camp », poursuit le PDG milliardaire.

Cette remarque marque une rupture majeure pour celui qui, deux semaines plus tôt, affirmait encore au Financial Times qu’il fallait « prendre Donald Trump au sérieux, mais pas au pied de la lettre ».

Il avait par la même occasion qualifié le message du vice-président américain lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le 14 février « d’inspirant ».

Une adresse lors de laquelle JD Vance avait laissé entendre que les restrictions à la liberté d’expression en Europe constituaient une plus grande menace pour la région que la Russie ou la Chine.

Une ambition américaine désormais contrariée ?

Les récentes sorties de Mathias Döpfner représentent donc un retour brutal à la réalité pour celui qui avait fait du lien transatlantique, une véritable obsession stratégique, idéologique et commerciale. En témoigne ses acquisitions de Business Insider en 2015 (343 millions de dollars), puis Politico en 2021 (un milliard de dollars).

L’homme de 62 ans a par ailleurs récemment fait part de ses ambitions d’acquérir le Wall Street Journal (WSJ). Cette expansion américaine pourrait se heurter à un mur à l’heure où Donald Trump qualifie Politico de « torchon de gauche » et l’accuse faussement de recevoir des subventions fédérales.

« Mathias Döpfner est un homme qui aime le pouvoir et l’influence, économique comme politique. Mais on voit combien ses ambitions arrivent à leurs limites aux États-Unis, où même les amitiés ne comptent plus face au basculement en cours« , décrypte Klaus-Dieter Altmeppen, professeur émérite en sciences de la communication à l’Université catholique d’Eichstätt-Ingolstadt, interrogé par Le Monde.

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