Michael Rousseau quitte la direction de la compagnie aérienne nationale canadienne pour avoir échoué à s’exprimer en français dans une adresse publique.
Être à la tête d’une entreprise privée ne vous affranchit pas des exigences de votre environnement. Michael Rousseau vient de l’apprendre à ses dépens. Le PDG d’Air Canada Express a en effet été poussé, mardi 31 mars, à la démission par la compagnie aérienne, qui évoque officiellement un départ à la retraite pour ce dirigeant de 68 ans.
À l’origine de cette décision : la polémique née quelques jours plus tôt d’une vidéo publiée par le désormais ex-PDG après l’accident d’avion mortel survenu le 22 mars 2026 à l’aéroport de LaGuardia, à New York.
Le drame, causé par la collision de l’appareil avec un camion de pompiers traversant la piste, a fait deux victimes — le commandant de bord Antoine Forest et le copilote Mackenzie Gunther — ainsi que 42 blessés parmi les passagers.
D’où l’initiative de Rousseau d’adresser un message de condoléances aux familles éplorées et aux proches des victimes. Mais mal lui en a pris, puisque ce message d’à peine quelques minutes va finalement provoquer sa chute.
Une vidéo de condoléances devenue acte d’accusation
Dans ce message, le patron d’Air Canada s’est exprimé uniquement en anglais, se contentant de quelques mots de politesse en français (bonjour et merci), un affront dans un pays où la question linguistique demeure hautement sensible, surtout au Québec, d’où était originaire l’un des pilotes décédés.
Le Premier ministre québécois, François Legault, a vivement réagi, dénonçant une « marque d’irrespect » envers les Québécois francophones. Selon lui, un dirigeant incapable de s’adresser à eux dans leur langue n’a pas sa place à la tête d’une institution nationale.
Plusieurs autres élus ont abondé dans le même sens, estimant que Rousseau ne manifeste pas « le respect requis envers la société québécoise et l’ensemble des francophones canadiens ».
Le chef du gouvernement fédéral, Mark Carney, s’est dit « profondément déçu », rappelant que « le Canada est fier de son bilinguisme, et que des entreprises comme Air Canada ont le devoir de communiquer dans les deux langues officielles ».
Le français au Québec : un combat identitaire séculaire
Le dirigeant a tenté de se défendre, affirmant qu’il lui était encore difficile de s’exprimer couramment en français « malgré plusieurs années d’apprentissage ». En vain. Le Commissaire aux langues officielles du Canada a indiqué avoir reçu près de 800 plaintes à propos de cette seule vidéo.
Pour saisir l’ampleur du tollé, il faut rappeler le poids historique du débat linguistique dans un pays officiellement bilingue, marqué par des siècles de tensions, de domination et de résistance.
Des lois successives ont imposé le français comme langue de travail, d’affichage et d’enseignement au Québec notamment, dans le but de garantir que la minorité francophone à l’échelle nationale reste majoritaire chez elle, dans sa propre province.
Michael Rousseau n’en était d’ailleurs pas à sa première controverse. Lors d’un discours à la Chambre de commerce de Montréal, il avait déjà provoqué l’indignation en affirmant avoir vécu plus de quatorze ans dans la métropole « sans jamais avoir eu besoin d’apprendre le français ».
