Des procureurs fédéraux américains ont mis en accusation trois individus associés au fabricant californien de serveurs, soupçonnés d’avoir expédié vers la Chine des équipements intégrant des puces d’intelligence artificielle conçues aux États‑Unis, en violation des réglementations américaines sur les exportations.
C’est une journée des plus sombres qu’a connue Super Micro Computer, vendredi 20 mars, avec un effondrement de plus de 25% de son titre avant l’ouverture de Wall Street, soit sa plus lourde chute quotidienne depuis octobre 2024, selon Forbes.
Un véritable séisme, précédé de quelques heures par un autre coup dur. En effet, jeudi 19 mars, des procureurs fédéraux américains avaient annoncé l’inculpation de trois individus liés au constructeur de serveurs à hautes performances.
Parmi celles-ci figurent : Yih-Shyan Liaw, cofondateur et membre du conseil d’administration, Ruei-Tsang Chang, responsable commercial du bureau de Taïwan, et Ting-Wei Sun, prestataire externe.
Les trois hommes font face à trois chefs d’accusation distincts, dont la violation des lois américaines sur le contrôle des exportations, le complot visant à faire passer illégalement des marchandises à l’étranger, et la conspiration en vue de tromper le gouvernement fédéral.
Un réseau sophistiqué de faux serveurs et de labels falsifiés
Selon l’acte d’accusation détaillé par les procureurs, l’opération reposait sur une logistique méticuleuse. Les serveurs étaient d’abord envoyés à un intermédiaire en Asie du Sud-Est, reconditionnés dans des emballages neutres sans marque identifiable, puis réexpédiés vers la Chine afin d’échapper aux contrôles douaniers américains et internationaux.
Pour anticiper d’éventuelles inspections, les accusés auraient fabriqué des milliers de serveurs factices, dépourvus de composants fonctionnels, destinés à être présentés comme authentiques en cas de vérification. Les images de surveillance de ces opérations figurent parmi les pièces maîtresses du dossier.
Le Département de la Justice américain (DOJ) affirme même qu’une vidéo montre l’un des suspects utilisant un sèche-cheveux pour décoller et interchanger des étiquettes ainsi que des numéros de série, rendant la traçabilité du matériel quasiment impossible.
Une gouvernance déjà ébranlée
« Le stratagème des accusés est devenu plus effronté au fil du temps et a entraîné l’envoi de quantités massives de serveurs avec technologie d’intelligence artificielle américaine contrôlée vers la Chine« , a indiqué le DOJ dans un communiqué cité par Reuters. L’ampleur financière de ces transactions illicites est estimée à 510 millions de dollars entre avril et mi-mai 2025.
Cette affaire éclate dans un contexte déjà instable pour Super Micro. L’entreprise avait été radiée du Nasdaq en 2018 pour irrégularités comptables, ce qui avait conduit Yih-Shyan Liaw à quitter temporairement la direction avant d’être réintégré au conseil d’administration.
Bien que le groupe ne soit pas lui-même poursuivi dans ce dossier, il affirme avoir suspendu Liaw et Chang et rompu son contrat avec le prestataire externe Ting-Wei Sun, tout en assurant sa coopération pleine et entière avec les autorités américaines.
