Le groupe spécialisé dans l’informatique a décidé de se débarrasser de sa filiale en contrat avec le bras armé de l’offensive migratoire de Donald Trump, sur fond de fortes critiques de l’opinion publique française.
« Capgemini va mettre en vente sa filiale Capgemini Government Solutions (CGS). Le processus de cession de cette entité sera initié immédiatement« . Le communiqué publié dimanche 1er février par Capgemini a marqué un tournant important dans le scandale réputationnel dont l’entreprise tente de se défaire depuis le mardi 27 janvier.
Ce jour-là, une enquête de France Télévisions révélait que le fleuron du CAC 40 entretenait un partenariat commercial avec ICE, l’agence fédérale américaine chargée du contrôle migratoire et des expulsions sous l’administration Trump, dont les pratiques ont déjà provoqué la mort de deux personnes à Minneapolis.
Le groupe fournissait en effet un outil avancé de géolocalisation destiné à repérer les personnes en situation irrégulière sur le sol américain. D’après France 2, c’est la filiale nord‑américaine qui avait décroché ce contrat, estimé à environ 365 millions de dollars et baptisé “skip tracing” (recherche de personnes).
Un contrat explosif avec l’ICE et des salariés vent debout
Mais ce qui suscite le plus de controverse, c’est le mode de rémunération adopté : celle-ci est indexée sur les résultats obtenus, augmentant proportionnellement au nombre de personnes localisées et potentiellement arrêtées par les services d’immigration américains.
Face au tollé général impliquant les salariés, les syndicats, l’ONG et l’opinion publique, le conseil d’administration a été contraint de se réunir en urgence, samedi 31 janvier et dimanche 1er février, pour une séance extraordinaire. Interrogé par France 24, un syndicat français s’est félicité de la future cession de la filiale américaine, estimant que « l’entreprise va dans la bonne direction », tout en exhortant la direction à aller plus loin.
« Nous exigeons un engagement écrit fort de la part de Capgemini, notamment concernant la révision des contrats actuels dans les domaines de la sécurité et de l’armement, avec l’objectif de prendre des engagements fermes pour ne plus travailler à l’avenir avec des entités telles qu’ICE« , a déclaré un représentant syndical.
Une crise qui tombe au pire moment
Cette question est d’autant plus cruciale que plusieurs employés ont dit avoir recensé, d’après Le Monde, des cas de salariés sanctionnés, ou menacés de l’être, pour avoir refusé de travailler sur des projets jugés sensibles, notamment avec des clients du secteur de l’armement.
Cette tempête médiatique et éthique intervient à un moment particulièrement délicat pour Capgemini. Même si CGS ne représente que 0,4% du chiffre d’affaires mondial de Capgemini et 2% de ses revenus réalisés aux États‑Unis.
Le groupe technologique fait en effet face à un ralentissement significatif de ses activités et a récemment annoncé la suppression de 2 400 emplois en France. Reste à savoir si la cession de cette filiale suffira à redorer l’image de la société.
